Communément dans les cultures ayant quelques racines celtiques ou autres, il est d’usage de discriminer entre les humains ceux qui sont matérialistes de ceux qui sont spiritualistes.
Il me faut donc faire avec, du moins pour commencer.

Toutefois, pour ne pas entrer dans des débats ou développements inutiles, quelques mises au point s’imposent :

  1. Toutes les religions assumées ou philosophies assimilables à des religions (existence d’un monde immatériel) sont fondamentalement spiritualistes.
  2. Le spiritualisme est la posture consistant à affirmer que l’esprit à précédence sur la matière. Précédence causale il faut comprendre pour commencer.
  3. Le matérialisme est la posture négation du spiritualisme. Elle inverse la précédence causale du spiritualisme. Je ne retiens pas la définition fallacieuse qui y verrait la négation de l’existence de l’esprit vu qu’aucune forme de spiritualisme ne nie l’existence de la matière, ne serait-ce que sous forme d’une illusion de l’esprit.
  4. Les considérations morales de l’une ou l’autre posture ne seront pas l’objet de ce qui suit. C’est un angle d’approche dont j’ai acquis la conviction de la stérilité et si je devais en faire une argumentation ce ne serait pas ici.
  5. Il ne sera pas question d’envisager des tiers à l’esprit (l’âme par exemple) ou à la matière (énergie par exemple) sans avoir déjà clarifié la définition de la matière et celle de l’esprit. Faute de définition consensuelle de l’esprit, nous allons poser que le spirituel est tout ce qui n’est pas matériel. Vu que les sciences physiques ne s’intéressent pas définition qu’à la seule matière nous appellerons matière tout ce que la physique désigne comme telle.
  6. Est matière selon les sciences physiques : les particules de la physique quantique, leurs assemblages, les différentes formes d’énergies sous lesquelles elles peuvent exister ainsi que l’ensemble des forces pouvant décrire leurs interactions.
  7. Est esprit par complémentarité de la définition physique de matière : les pensées, les idées, les sentiments, les informations, les cultures, les réflexions, les opinions, les démonstrations, etc.

L’objectif n’est pas de faire adhérer le lecteur à cette partition qui risque fort de heurter nombre de convictions, mais de s’y tenir dans le cadre de cet article et ceux qui lui succèderont.
Qu’il puisse exister des états de matière plus subtiles ou plus libres d’exister dans des dimensions autres que celles du vivant n’est pas le sujet.  Si certains tiennent à les qualifier d’esprit c’est leur droit mais ce ne sera pas le cas ici.
Ce qui importe ce n’est pas tant le vocable sous lequel nous désignons tel ou tel chose ou concept mais la chose ou le concept que nous tentons de définir au delà de sa désignation.
Les définitions que nous retenons ici ont au moins l’avantage de bien discerner ce qui d’une part obéi à des lois de la physique, qu’elles soient connues ou restant à être découvertes, qu’elle soient considérées comme abouties ou au contraire au stade de balbutiement de ce qui ne dépend pas, du moins expressément ou de manière univoque de ces lois là, mais d’autres lois voire possiblement d’aucune.
Quoi qu’il en soit, c’est au moins une tentative de claire séparation de la matière de l’esprit.

Ces définitions ne posent d’ailleurs qu’un seul postulat : une claire séparation de la matière et de l’esprit.
Elles ne postulent pas de dépendances ou précédences entre esprit et matière.
Elles ne présument même pas de la nécessité d’interactions entre les deux. Et c’est d’ailleurs à la fois sa force et sa faiblesse.
Sa force car elle autorise que esprit et matière se côtoient sans jamais interférer, même si c’est contraire à l’apparence. Sa force et sa faiblesse car si interaction il y a, la question du médiateur se posera et il faudra bien chercher à en définir la nature :

  • La médiation est-elle de la matière ? Ce qui revient à la posture matérialiste. Retour à la case départ. Il faudra bien trancher.
  • La médiation est-elle de l’esprit ? Ce qui revient à la posture spiritualiste. Retour à la case départ. Il faudra bien trouver la preuve de la prééminence de l’un sur l’autre et non se contenter d’en faire un dogme indiscutable.
  • La médiation est-elle hybride ? Ce qui serait alors : soit un défaut de raffinement/granularité, soit la démonstration par l’incohérence de la non consistance ou incomplétude des définitions proposées. Ceci invite à ne pas la retenir tant qu’il n’y aura plus d’autre candidat possible. Que le réel puisse être fondamentalement incohérent ne ferait le bonheur de personne apparemment.
  • La médiation est-elle tierce ? Ce qui imposerait le concept d’objets à la fois non matériels et non spirituels. Ça pourrait être une occasion de restaurer l’âme (du moins une distinction entre esprit et âme). Reste à désigner les objets susceptible d’être des représentants de ce tiers. Et s’il s’en trouve, restera à comprendre comment d’une certaine manière ils interagissent à la fois avec la matière et l’esprit pour en réaliser le couplage. La tradition néo-druidique est favorable à ce tiers mais s’est abstenu de le définir.
  • La médiation n’est qu’illusion issue de mauvaises définitions ou de postulats inconsistants ? Ceci reviendrait à dire que les définitions choisies seraient des arbitraires sans fondements réels. Ceci pourrait en particulier suggérer que toute séparation entre esprit et matière est parfaitement inappropriée vu qu’il n’existerait rien qui puisse être pur esprit ou pure matière. Dit autrement il n’existerait pas de matière sans esprit ni d’esprit sans matière. Tout ne serait que question de proportions/répartition entre différentes saveurs d’une même et unique réalité. Un peu comme les particules de la mécanique quantique qui se comportent selon les circonstances soit comme des corpuscules soit comme des ondes dont il est difficile de prévoir sans disposer d’expériences antérieures analogues lequel de ces deux comportement sera observé comme étant le plus significatif, a priori.

Que le lecteur se rassure, nous ne devrions pas avoir besoin d’équations.