Très tôt dans la tenue de ce blog chaotique, j’avais déjà prévu d’aborder ce sujet. Le seul fait de l’avoir annoncé a déclenché un débat précoce puisque non attendu. Diverses critiques ont été émises, critiquées à leur tour, chacun avançant ses arguments comme il se doit dans un débat rationnel. Il est très vite apparu que certains désaccords n’avaient aucune autre fondation que des différences d’échelle ou de définition et autres artefacts propres à la communication, sources bien connues de confusions. Sans nécessairement être d’accord sur chacun des aspects évoqués, il est tout de même apparu que les désaccords tenaient plus de la forme (choix de couples signifiant-signifié) que des relations de cause à effet et autres liens conceptuels invoqués dans l’analyse différentielle.

Le trait, c’est à dire l’écrit au sens large, n’est que la classe des formes de communication ayant pour attributs majeurs, sans se préoccuper de leur importance relative respective et sans se soucier d’en isoler les différents facteurs :

  • La rémanence : le message perdure sur un média. C’est un processus d’enregistrement sur une matière passive. C’est à dire que le message s’inscrit sur le média de manière passive. Par passif il faut comprendre que même dans le cas une analyse syntaxique ou sémantique pilote l’enregistrement, celui-ci est automatique. Aucune intervention douée de conscience n’intervient pendant ou après l’enregistrement. Si conscience il y a, elle précède l’enregistrement et n’être rien d’autre que celle de l’auteur, du copiste ou du contrefacteur. Cette rémanence, qu’elle qu’en soit la durée, ne dépend plus de l’agent émetteur. Ceci ne signifie pas que l’agent ne peut plus altérer le message mais que la rémanence du message ne nécessite aucune intervention de l’agent auteur.
  • La non interactivité : la consultation ou interrogation du média ne permet pas le moindre dialogue. C’est à dire que le message présent sur le média reste identique à lui même quelque soit le nombre et la nature des interrogations opérées sur celui-ci tel qu’enregistré par l’agent auteur. Il faut comprendre ici que l’information inscrite perdure sans autre altérations que celles contingentes au processus d’enregistrement, éventuellement celui assurant la rémanence et possiblement de l’agent auteur (éventuellement copiste ou contrefacteur). Le message n’est jamais modifié par les agents consultants mais uniquement par les agents auteurs. Dès que l’agent auteur cesse d’être ou simplement perd toute capacité d’altérer, enrichir ou appauvrir le message, ce dernier devient réfractaire à toute dynamique dialectique. Le média lui même est passif, ce qui ici revient à dire qu’il est dépourvu de conscience.
  • L’identité sémantique : quelles que soient les altérations du message lors de son enregistrement ou durant sa persistance, les interprétations qui peuvent en être faite, le sens du message reste intrinsèquement le même en l’absence de dégradations assimilables à des défectuosités. Là encore, il ne s’agit pas de prendre en compte le fait que des accidents ou des contingences puissent conduire à des altérations telles que ses interprétations puissent mécaniquement conduire à des altérations de sens mais bien qu’aucune modification de sens n’intervient autrement que par intervention d’un agent écrivain (auteur, copiste ou contrefacteur). On en revient à ce qui semble bien être l’attribut discriminant critique : le média est dépourvu de toute forme de conscience propre.
  • La non-intention : le média support du message est dépourvu de toute forme de volonté. Ce détournement maladroit et de pure circonstance cherche juste à incarner le concept d’absence de tout ce qui est usuellement incarné par des mots tels que âme, esprit, personne, etc.
    C’est à dire l’absence de toute agent capable de manifester la plus infime expression d’une quelconque intention, que celle-ci soit consciente ou non. C’est précisément ce qu’il convient de comprendre de la formulation maladroite : "le média est dépourvu de la moindre conscience". Quand il s’agira de reprendre ce billet, Je ne manquerai pas, outre toute simplification, de lui substituer : "le média est dépourvu de la moindre intention". Ce qui revient à dire qu’il est neutre ou encore ne réagit que selon des lois immuables qui s’imposent à lui et non dont il dispose. Toutes ces maladresses, vu qu’il ne s’agit ni d’un essai philosophique (la rigueur est absente) ni d’une critique du concept de libre arbitre confronté à celui de destin (déterminisme) mais simplement de discriminer entre média pensant et média inerte ou simple automate.

Le cri, c’est à dire la parole au sens large, ce qui inclut également la gestuelle et toutes formes d’expressions corporelles, n’est que la classe des formes de communication ayant pour attributs majeurs (avec les mêmes remarques, limites et précisions que précédemment), non seulement la négation des attributs du trait mais également (quitte à ce que ça puisse coïncider avec certaines des négations en question ) :