Il est des nuances de langue dont on use ou abuse selon les circonstances.

Les druides historiques, réels ou mythiques (sans matériaux historiques la distinction restera spéculatives), ont été décrits comme étant consultés avant d’entreprendre des actions hasardeuses, comme déclencher entrer en conflit, engager un combat, conclure une alliance, entreprendre une migration, sceller un accord, etc.
Ceci n’a rien de spécifique à la culture celtique. Toutes les civilisations ont eu leur devins, voyants, prédicateurs, augures, pythies, etc.
Aujourd’hui encore, les grands de ce monde consultent, pour eux-même du moins, manciens et astrologues de toute sorte.
Ce temps n’est pas révolu pas plus que ces pratiques ne sont restées confinés à des civilisations exotiques où les sciences, au sens moderne de ce terme, ne se seraient pas développées ou se réduiraient aux seules techniques permises par celles-ci.

La question n’est donc pas tant de savoir si oui ou non les druides maîtrisaient des sciences ou arts divinatoire pour jouer ce rôle de conseillers-prédicateurs, mais de déterminer si le druide contemporain peut et doit encore jouer un tel rôle et si oui, comment y parvenir.

Nous ne pourrons pas répondre rationnellement à ce type d’interrogation en faisant l’économie de celle sur la nature de ce dont il est vraiment question.
Il ne s’agit pas ici de mettre en avant des croyances ou convictions à propos des druides, les mythes, légendes et autres fables nous renseignent déjà amplement.
Il s’agit plutôt ici de s’interroger un peu plus sérieusement qu’en lisant le manuel d’un jeu de rôle ou de propagande.


Commençons donc par préciser la définition des termes que nous utiliseront dans la suite de cet article, comme nous avions déjà pu le faire quant il a s’agit de faire le tri entre histoires, fables,contes, mythes et légendes.
  • Divination : Quel terme trompeur n’est-ce pas ? Que peut bien faire le divin dans l’action de deviner ? Deviner c’est trouver une réponse à une situation sans faire l’usage conscient de la raison. En d’autres termes c’est donner une réponse dont on a l’intuition quel est exacte. Quand l’intuition voit juste, il y a comme une sorte de mystère vu que d’ordinaire il n’est pas rare non plus que des intuitions se révèlent fausses. De là à s’imaginer que l’intuition vraie nous viendrait de quelque divinité, le pas est facilement franchi. Quand la raison est incapable de dire par quels cheminements de pensée ou réponse exacte a été trouvée, il y a comme une magie dans l’air. Nous considérerons donc que la divination est avant tout l’art de deviner sans pour autant nécessairement avoir fait appel à des techniques de mancie ou assimilées (astrologie notamment).
  • Prédiction : C’est dire ce qui va se passer avant même que ça ne se produise. Les sciences modernes sont précisément la connaissance de méthodes prédictives rationnelles. Par des raisonnements et des calculs issus de modèles fondées sur des théories vérifiées par les observations elles permettent de prédire quel devrait être le résultat d’une expérience, aux incertitudes prêt que sont les erreurs de mesure, les simplifications de calcul estimées raisonnables et estimation du caractère négligeable de certaines valeurs ou calcul. Il n’y a pas que les sciences pour pouvoir prédire mais seules les sciences savent prédire avec un indice élevé de confiance (du moins pour les sciences exactes) mais surtout sans que cette confiance dépende expressément de la personne réalisant les calculs prédictifs. Alors que dans les arts divinatoires, tout repose sur les facultés extraordinaires possédées par le devin, dans le cas des sciences, seules sont requises les connaissances nécessaire à la réalisation de calculs sans erreurs. Dire ainsi les chose n’est pas faire aux sciences la part belle. C’est juste reconnaître que les sciences progressent par la vérification permanentes que les calculs issues d’une théorie savent produire des résultats vérifiables et vérifiés par l’observation. Dès que ce n’est plus le cas, on commence par vérifier les calculs et si personne ne trouvent la moindre erreur dans ceux-ci, c’est le modèle qui est critiqué voire la théorie  remise en question.
  • Prévision : Alors que dans le français usuel c’est un synonyme de prédire avec la subtilité que ce qui est prévu ce n’est qu’une éventualité tandis que ce qui est prédit c’est un avenir plus ou moins certain, ici nous ne conserverons que ce que nous suggère sa construction : voir par avance. Voir par avance ne suppose pas que la vision soit exacte mais elle l’espère ou le redoute selon ce qui est vu d’avance nous parait souhaitable ou au contraire dommageable. Alors que prédire ne précise pas (sauf dans le cas des sciences) ce qui permet ou autorise à dire d’avance, prévoir suppose plus ou moins avoir vu d’avance ce qui doit se produire ou du moins à une grande chance de se réaliser. Ici il ne sera donc pas question de prévoir au sens de dispositions de précaution.
  • Précognition : L’usage accorde à ce terme un sens très fort. Il ne s’agit plus de deviner, de prédire ou de prévoir avec toutes les précautions que ces termes supposent mais bien de savoir par avance, sans toutefois avoir besoin de préciser comment cela se peut vu qu’on ne parle de précognition qu’une fois vérifiée que les choses se sont bien réalisées telles que connues par avance. N’oublions pas que la plupart des gens ne s’intéressent généralement qu’aux résultats et déjà beaucoup moins voire pas du tout aux détails. La cognition est la connaissance. Dit autrement c’est un savoir devenu si intime que nous pouvons avoir oublié comment nous nous le sommes approprié.

Le décor étant ainsi planté, il va désormais être possible d’y regarder de plus près. Nous ne serons peut-être pas d’accord, à commencé par ceux qui auront refusé d’adopter la convention circonstancielle de ces définitions, mais nous aurons au moins éviter les accords et désaccords ne reposant pas sur les concepts exprimés mais sur la seule divergence des signifiés incarnés par les termes dont nous aurions pu croire qu’ils avaient le même sens pour chacun.

A suivre donc.