Quand il y a plus de 30 ans j’ai pour la première fois rencontré le néo-druidisme, ce ne fut pas au travers de livres mais de personnes.

Quand il y a désormais plus d’un an de cela, mon chemin ma conduit à recroiser celui-ci, ce ne fut toujours pas au travers de lectures ou de dires mais encore de personnes.

Quand il y a plus de 30 ans le groupe dont j’ai été membre avait décidé de rompre avec les mouvements constitués en associations, ce n’était pas pour des questions profanes, mais après avoir fait le constat que les moyens employés par ceux-ci étaient tout simplement impropres sinon contraires aux objectifs affichés et enseignés.

Quand aujourd’hui, au travers de diverses rencontres ou lectures, se dessine devant moi le paysage du néo-druidisme francophone ou bretonnant, force m’est de constater que rien n’a vraiment changé. Je n’ai pas encore trouvé le groupe (peu importe l’appellation qu’il se donne) qui aurait opté pour une démarche analogue, que ce soit de près ou de loin, à celui dont j’ai été membre peu de temps après sa fondation. Les motifs ayant fondé la constitution de ce collège (parce que nous avions un mode de fonctionnement collégial) plutôt que de rester au sein d’une organisation déjà constituée, sont toujours d’actualité

Si la visibilité du néo-druidisme s’est accrue par sa présence sur internet, celle-ci rend encore plus visibles les maux dont il souffrait déjà dans les temps évoqués. Sommes-nous plus nombreux à nous en réclamer ? Sans doute, mais je ne puis le vérifier faute d’accès aux informations nécessaires à pouvoir le faire. Le seul fait incontestable est que La population néo-druidique visible, qu’il s’agisse de groupes ou de personnes a bel et bien augmenté, ne serait-ce que par la magie des nouvelles techniques de communication.

Si dans une vue positive cette plus grande visibilité permet au plus grand nombre de se faire une idée de ce que fut le druidisme historique et ce que qu’est ne le néo-druidisme depuis son émergence et par conséquence ce qu’il est aujourd’hui, il met également bien plus en lumière toutes les incohérences qui s’y attachent.

Je ne mettrais nommément aucun groupe en cause et aucune personne. Je n’ai aucun doute sur la grande sincérité et les profondes convictions qui animent la grande majorité de ceux-ci. Je m’interroge juste sur la pertinence des différents moyens, rites et autre pratiques suivis. Comment juger de la cohérence des moyens aux finalités qu’ils ciblent quand ces finalités restent dans le non-dit ?

Peut-on se fier à l’étude des moyens pour en déduire les finalités ? Dans une certaine mesure oui : la fin ne justifie jamais les moyens (selon mon propre entendement - je n’en fais pas un absolu -) mais ce sont les moyens qui déterminent les fins. Mais ce serait faire l’hypothèse que les moyens que j’ai observés (rituels et autres pratiques) étaient cohérents des finalités de ces groupes ou de ces personnes. Rien n’est moins certains donc. En dehors des rituels, prières et incantations, ce sujet des finalités, je ne l’ai jamais vu évoqué : ni sous la forme d’un enseignement magistral, ni même sous la forme de débats.

Il ne peut être question de faire une énumération exhaustive. Même s’il existe une forte communauté de croyances et de prières, les diversités sont tous aussi nombreuses. Je vais donc me contenter de ne citer que deux exemples.

  1. La "Prière des Druides" est a peu de chose prêt la même pour tous, Mais elle n’est jamais commentée en dehors des rituels. Par ailleurs elle induit l’existence d’une chaîne causale linéaire immuable dans son ordre. Si pour ma part je réfute totalement cette linéarité causale à sens unique. Il est impossible de juger de la pertinence des différents liens causaux qu’elle énonce, simplement parce que qu’elle que soit la langue dans laquelle elle est récité ce n’est qu’un énoncé de mots (des signifiants) dont la portée sémantique (le signifié) est laissé au libre entendement de chacun. Le mot n’étant pas le concept et le concept n’est pas la réalité mais une vision de celle-ci, il est naturel de s’interroger sur ce qui est compris par chacun et si finalement, tous comprennent bien la même chose.
  2. Une autre prière (peut importe le nom) exprime l’attente du retour à une société qui redeviendrait essentiellement celtique. Comme naguère les Bretons attendaient le retour du Roi Arthur pour les sauver alors que dans les mêmes récits légendaires à chacun de ses réveil celui-ci faisait le constat que les temps n’étaient pas encore venus ; les Bretons ayant continué à dégénérer faute de s’être régénéré en restant dans la vie. Nostalgie du passé (c’était mieux avant) ou replis identitaire ? À chacun d’en juger, selon ses capacités de discernement et d’entendement.

J’oublie souvent et facilement comment j’ai pu faire miennes certaines valeurs. Il m’arrive parfois, d’être capable de le relier à une lecture ou à une citation d’auteur, mais dire quel livre et quel auteur est au delà de mes aptitudes, parce qu’au delà de tout nécessité. Quand une valeur est inscrite en nous, peu importe d’en citer les sources.

  • Vouloir citer ses sources, dans le meilleur des cas, ce serait vouloir rendre à César ce qui appartient à César. Quelle belle illusion que de croire qu’un concept, une valeur morale, pourrait-être la propriété intellectuelle de son auteur. Quelle naïveté que de croire que le nom qu’aura retenu l’Histoire est avec certitude celui du premier qui l’aurait formulé en son esprit ? Quel égarement nous conduit à croire que quiconque pourrait à lui seul être un inventeur alors que celui-ci, sans l’héritage reçu de ceux qui l’ont précédé, sans les diverses interactions qu’il a pu avoir avec différents de ses congénères ainsi qu’avec tout ce qui est, n’aurait jamais pu inventer quoi que ce soit.
  • Vouloir citer ses sources, dans le pire des cas, c’est user de l’argument d’autorité. C’est implicitement avouer qu’il n’a pas intégré ce qu’il énonce et qu’il serait bien en mal d’en donner les fondements, incapable d’argumenter et bien évidemment, le cas échéant, dans l’incapacité de produire la moindre preuve, qu’elle soit factuelle ou le fruit d’une démonstration, fut-elle basée dur des faits, des hypothèses ou des croyances.

Par contre faire une citation bien connue de la plupart de ceux à qui elle est destinée, même si elle n’est pas fidèle littéralement (à quoi bon être fidèle aux mots quand on sait que chacun en aura un entendement qui lui sera propre), peut être un excellent raccourci de substitution à un long discours.

"La Tradition ce n’est pas reproduire à l’identique, génération après génération ce que les Anciens ont conçu, mais assurer la continuité des enseignements en les adaptant aux évolutions, cultures lieux et époque qui en sont le présent"

Toute tradition figée dans une forme définitive est immuable est par définition une tradition morte selon la conception même de la vie et de la mort dans la culture celte et bien d’autres d’ailleurs.

Nous avions déjà fait ce constat il y a 30 ans de cela, je le fais de nouveau aujourd’hui.

Je laisse aux morts le soin d’enterrer les morts, de faire des parodies de messes ou des conférences culturelles magistrales, mais rien de cela n’est celtique ou si peu. Mais là n’est pas l’essentiel. Qui de toute façon peut prétendre être plus celte qu’un autre ? Est-ce un legs du sang ou suffit-il d’avoir été nourri du sol et de la culture qui ont connu l’empreinte forte de cette civilisation ?

Non c’est tout simplement que mon chemin se veut être vivant, migrant de forme en forme pour apprendre à se passer de toute forme. La forme est un moyen et non une finalité et encore moins un fondement.